Elisabeth Badinther

Élisabeth Badinter est une femme de lettres et une philosophe féministe française, née Bleustein-Blanchet, le 5 mars 1944 à Boulogne-Billancourt.

"Lettre a celles qui portent volontairement la burqa

Après que les plus hautes autorités religieuses musulmanes ont déclaré que les vêtements qui couvrent la totalité du corps et du visage ne relèvent pas du commandement religieux mais de la tradition, wahhabite (Arabie Saoudite) pour l'un, pachtoune (Afghanistan, Pakistant) pour l'autre, allez-vous continuer à cacher l'intégralité de votre visage ?

Ainsi dissimulée au regard d'autrui, vous devez bien vous rendre compte que vous suscites la défiance et la peur, des enfants comme des adultes.

Sommes nous à ce point méprisables et impurs à vos yeux pour que vous vous nous refusiez tout contact, toute relation, et jusqu'à la connivence d'un sourire ?

Dans une démocratie moderne, où l'on tente d'instaurer transparence et egalité des sexes, vous nous signifiez brutalement que tout ceci n'est pas votre affaire, que les relations avec les autres ne vous concernent pas et que nos combats ne sont pas les vôtres.

Alors je m'interroge : pourquoi ne pas gagner les terres saoudiennes ou afghanes où nul ne vous demandera de montrer votre visage, où vos filles seront voilées à leur tour, où votre époux pourra être polygame et vous répudier quand bon lui semble ?

En vérité, vous utilisez les libertés démocratiques pour les retourner contre la démocratie. Subversion, provocation ou ignorance, le scandale est moins l'offense de votre rejet que la gifle que vous adressez à toutes vos soeurs opprimées qui elles, risquent la mort pour jouir enfin des libertés que vous méprisez.

C'est aujourd'hui votre choix, mais qui sait si demain vous ne serez pas heureuse de pouvoir en changer.

Elles ne le peuvent pas ... Pensez y

Elisabeth Badinter"

 

En effet, interrogée à propos de la décision de la Halde de justifier l’exclusion de femmes portant la burqa de cours de français dans le cadre de l’intégration, Elisabeth Badinter a dit clairement, sans ambiguïté, avec des mots disant son horreur, ce qu’elle pensait de l’uniforme préféré des talibans : "une prison pour les femmes" et un signe de "discrimination féminine", n’hésitant pas, sur une question du journaliste, à affirmer, tranquillement et avec force, que la lutte contre la burqa et la lutte contre le voile c’était la même chose.

 

 

 

Et elle a ajouté deux arguments de choc dont le bon sens est évident : porter le voile, c’est non seulement "un signe terrible d’incivilité, mais aussi d’impolitesse", puisque c’est, forcément, ne pas faire ce qu’exige "le respect minimum de l’autre, à savoir lui montrer son visage" et elle a pris l’exemple des accompagnatrices voilées de sorties scolaires, qui constituent "un exemple inacceptable donné aux enfants", mais c’est aussi refuser l’intégration car "nous avons un devoir, celui d’enseigner à ceux qui viennent vivre dans notre pays non seulement la langue mais aussi ses valeurs".

Comment dire ici notre jubilation quand, à la question faussement naïve du journaliste, s’indignant que l’on exclue ainsi les femmes voilées, Elisabeth Badinter a eu ce cri du cœur, qu’elle a répété avec force : "c’est elles qui s’excluent !", rappelant que nous étions là pour donner à nos enfants le signe de NOS valeurs et que vouloir devenir Français, c’est, obligatoirement, vouloir CES valeurs… parce que l’on ne peut pas avoir rejeté, il y a quelques années, le spectacle des Afghanes voilées, "cette horreur" et "laisser ÇA s’installer en France."

Le "ÇA" employé par Elisabeth Badinter dit tout : c’est ce qui m’est étranger, c’est ce que je ressens comme barbare, c’est ce que je méprise car contraire aux droits de l’homme/femme, c’est ce dont je ne veux pas, c’est ce qui me ramène en-dessous de l’humain. Oui, Elisabeth Badinter, vous avez cent fois raison, nous sommes fiers des luttes menées par nos ancêtres de 1789, par des Louise Michel ou des Simone de Beauvoir ;au nom de quoi cet héritage serait-il un poids et une exclusion ? Par quelle perversion de la pensée en est-on arrivé à pouvoir même poser la question ?

Bien évidemment, cohérente avec ses propos, Elisabeth Badinter réclame l’interdiction de la burqa, en France. Elle ne tombe pas dans le piège du « voile acceptable » et de la « burqa inacceptable », et amalgame les deux tenues.

Merci, Madame Badinter, il est bon d’entendre une intellectuelle parler clairement, sainement, sans langue de bois, des enjeux de "la guerre du voile".

Par contre, sur France Culture, Caroline Fourest nous a, une fois de plus, horripilé : elle a évoqué l’affaire du gîte des Vosges et la condamnation de Fanny Truchelut, qu’elle a tenté de justifier dans une logorrhée verbeuse fort inquiétante quant à ses motifs (2) !

Certes, elle n’a pas été aussi loin que celle que certains appellent la « Caroline Fourest belge », Nadia Geerts (3). Cette dernière a cru bon d’écrire, sur son blog, dès le lendemain du procès un article intitulé « Un verdict qui renforce la laïcité ». Quel titre honteux ! Si elle était cohérente, elle devrait se dire que le fait que Fanny n’ait pris que la moitié de la peine du premier jugement est un recul de la laïcité ! Faut-il rappeler que Caroline Fourest, dans le même esprit, avait osé titrer, après le verdict d’Epinal, « Un jugement sévère, qu’il nous faut accepter ».

Néanmoins, la rédactrice en chef de Prochoix, dans son émission matinale, n’a pas craint de manipuler l’auditeur en présentant l’affaire de façon plus que biaisée, voire caricaturale : elle a inventé une Fanny Truchelut "décomposée" devant le voile de ses hôtesses, elle la décrit comme "ayant paniqué" devant la tenue de ses hôtes ! Pas bien solide, la Fanny, aux yeux de Caroline, et puis fille du peuple un peu simple, incapable de maîtriser ses sentiments à la vue d’un voile !

En verve, Caroline n’a pas hésité à affirmer que "LOGIQUEMENT", Horia Demiati était partie dès que Fanny avait demandé qu’elle enlève son voile dans les parties communes. Horia Demiati, le Mrap et la LDH doivent boire de telles paroles, qui les encouragent à poursuivre l’offensive dans tous les secteurs de la société. Bien sûr, brillante intellectuelle parisienne donneuse de leçons, elle se permet de tancer Fanny, pauvre fille des Vosges, qui, isolée, abandonnée de tous (à cause de qui, Caroline ?), aurait eu tort d’accepter un soutien aussi douteux que celui de Villiers.

On ne peut que déplorer quelques approximations curieuses, quand elle qui affirme froidement que "Fanny va peut-être fermer son gîte". Peut-elle vraiment ignorer qu’il est fermé depuis deux ans, et que c’est une des raisons de l’absence de revenus de Fanny ?

Faut-il par ailleurs rappeler qu’elle n’a jamais daigné écrire une phrase sympathique sur la propriétaire du gîte ? Au mieux, elle continue à la faire passer pour quelqu’un de simple, au pire elle a relayé l’équation simpliste : Fanny = Varaut = Villiers = intégriste catho ! Fallait-il la laisser seule, abandonnée de tous ? Fallait-il l’abandonner à l’extrême droite ? Fallait-il taire ce que signifie pour toute femme, en France, comme Elisabeth Badinter l’a justement rappelé, le port d’un voile ?

Naturellement, Riposte Laïque n’est jamais cité, mais largement évoqué. On se fait encore allumer, et, après avoir entendu Caroline, la cause est entendue, nous sommes de dangereux intégristes laïques.

Mais la bougresse ne s’est pas arrêtée là ! Et d’entonner le discours convenu de la gauche bien pensante, de la "tolérance", du "refus de la discrimination en raison de la religion", de la nécessité de "respecter les libertés individuelles", osant même parler d’exigences de la démocratie, considérant qu’interdire le voile serait "répondre à la tolérance par l’injustice" !!!

Bien sûr, elle est incapable de comprendre ce qui se passe dans la France et dans l’Europe du XXI° siècle. La laïcité de Caroline Fourest, c’est non au voile à l’école, mais oui au voile à l’université, dans la rue, sur les lieux de travail, dans les sorties scolaires, dans le gîte de Fanny, dans une auto-école, etc. Oui au voile partout où les islamistes ont décidé d’aller au bras de fer pour l’imposer. Jamais un mot contre l’invasion de la burqa en France !

C’est Elisabeth Badinter en personne qui répond le mieux à ces arguties, sur l’autre radio : l’injustice, c’est la prison réservée aux femmes ; la discrimination c’est celle qui oblige un des sexes à se cacher ; la démocratie c’est préserver l’héritage des lumières ; la liberté individuelle c’est celle de ne pas imposer à quiconque la vue d’une stigmatisation, fût-elle politique, religieuse ou philosophique.

Elisabeth Badinter est une vraie républicaine, une vraie laïque. Dès 1989, elle n’a pas hésité à condamner l’attitude de toute la gauche, lors de la première affaire du voile, à Creil. A l’époque, Catherine Kintzler était à ses côtés. Nous n’en regrettons que davantage l’évolution d’une philosophe qui défend aujourd’hui le droit de porter le voile à l’université. Elisabeth Badinter ne s’est pas fait que des amies, dans les milieux féministes, en critiquant la loi sur la parité, et le discours victimaire hostile aux hommes de quelques militantes. Mais sur la symbolique du voile et de la burqa, contre l’égalité hommes-femmes, contre l’intégration, contre la laïcité, son discours républicain et féministe est d’une clarté dont devraient s’inspirer Caroline Fourest et Catherine Kintzler.

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